Friday, November 16, 2012

Revue de "L'Art Francais de la Guerre", de Alexis Jenni




      

 L'Art Français de laGuerre

 

de Alexis Jenni 

 

 Il s'agit, a premiere lecture, de 2 livres écrits simultanément. L'un est une série de "Commentaires" qui sont en réalité ce qui semblerait être une autobiographie du Narrateur, (personnellement, cette partie du livre ou ce "Sous-livre" est plus fade et barbante a lire, mais reste malgré tout pertinente et expliquerai peut être le manque d’enthousiasme de certains pour cet ouvrage). L'autre partie est une série de chapitres "Roman", dépeignant la vie, (fictive ou pas), d'un personnage nommé Victorien Salagnon (nom bien Bugiste) mais décrit comme Lyonnais. C'est un roman historique vraiment passionnant, assez bien écrit, et qui vous plaira certainement. Il couvre les événements de 1943 a 1962, (la vie en France sous l'occupation, comme l’a vécut un adolescent effervescent et socialement mal a l'aise), son entrée dans le "maquis", sa transformation en Guerrier par excellence et sa vie en tant que tel au travers des Guerres Françaises, de l'Indochine a la Guerre d'Algerie et  jusqu'a son "Abandon" par le gouvernement. Il est désormais condamne a vivre en tant que civil (militaire retraité), inadapté à la vie civile ou a la vie en société tout bonnement. Un homme qui a gardé toute sa lucidité, sa vivacité et l'amertume de la désillusion d'une vie gaspillée a ses propres yeux... Une force de la nature, toujours aussi cryptique et impressionnant dans son âge mure qu'il l'était en tant qu'adolescent, puis en tant que Guerrier, car il était et reste toujours, plus qu'un simple soldat, c'est un Homme de Guerre, meme si il ne l'est vraiment que par la force des choses et malgre lui. Ne' a une epoque ou la Guerre etait la seule issue de secours pour echapper a une vie, aux valeurs morales floues, une vie monotone, fade ou tout l'ecoeure. La guerre. comme ses peintures a l'encre de chine, est faite de tons tres nuances, de lignes tres definies, meme si parfois, l'encre bave sur le papier absorbant, comme en guerre, le bien n'est pas toujours bien demarque du mal, mais au moins on avance, on ne regarde pas en arriere. Ce qui est fait appartient au passe, c'est la fuite a l'avant pour tenter d'echapper aux demandes de justifications morales.

La partie relatant la vie du Personnage Victorien Salagnon vous passionnera, le reste.... je ne saurais vous dire. Les chapitres « Commentaires » decrivent la vie très courante d'un genre de personne que je n'ai jamais apprécié par principe. Le genre de personne que je ne fréquente jamais de bon gré, ni ne cherche à fréquenter. Le petit Baba-cool gauchiste, petit bourgeois envieux des grands, méprisants des petits, imbu de sa pseudo-intelligence, qui passe sa vie a végéter au crochet de ses parents tant qu'il peut, puis au crochet de la Société, à fumer ses pétards, partisan du moindre effort, passant son temps a se moquer des "besogneux", et critiquer, a grand coups de slogans préfabriqués, les "nantis" avec une haine et jalousie viscérale, dont il a hérite de la génération précédente (parents et profs qui l'ont formé). C'est un adulte qui a du mal a sortir de l’adolescence,  un Arthur Rimbaud du 20e siècle, sans le courage, la verve, l’audace et surtout le talent du verbe de ce dernier, mais atteint du même malaise, le "Rebel Dépressif" sans cause ni but.

Ce malaise est malgré tout le lien qui rattache les 2 personnages transcendant les époques et leur monde respectif, car chacun des deux vit dans le sien, dans sa tete. L’un plongé dans le choc de la réalité de la guerre, la seule qu’il connaisse tant le reste du monde et de la vie lui semble superficiel au mieux, factice au pire. L’autre errant sans convictions entre 2 étapes de sa vie, ne sachant vraiment ni pourquoi il est la, ni si cela vaut la peine de mettre un pied devant l’autre, flottant dans le brouillard du manque d'objectis et de raison d'etre. Leur rencontre et ce malaise qu’ils ont en commun permet a l’un de réorganiser sa vie par le récit de ce qu’il a vécut et ainsi en tirer une perspective qui lui apporte finalement un point de focus et de « paix », un sens final d’accomplissement. Cette rencontre donne aussi à l’autre, un aperçu d’un monde qu’il jugeait auparavant sans vraiment le comprendre. Un monde dur, solide brutal et tout aussi incompréhensible que le sien. Mais un monde sur lequel il peut s’appuyer pour bondir pour un nouveau départ. Mettant sur papier le récit de la vie troublante mais passionnante d’un autre, dont le personnage est diamétralement opposé au sien, mais qu’il comprend parfaitement, aussi étrange et illogique que cela puisse lui paraitre. Une bouée de sauvetage, un objectif enfin, celui de mettre sur papier l’essence même du vécu d’un personnage aux proportions épiques.

Je vous recommande donc de lire « l'Art Français de la Guerre ». Vous apprécierez le contexte historique, une histoire bien contée, qui ouvre une fenêtre sur l'intimité de la vie des familles sous l'occupation à Lyon et dans nos campagnes.
L'alternance des chapitres entre les "Commentaires" (Vie du narrateur de nos jours) et les Chapitres du Roman (vie de Victorien Salagnon de 1943 à nos Jours) est assez pénible. On est tenté de lire les chapitres 'Romans" d'abord, et omettre complètement les chapitres "commentaires" [que je trouve personnellement rasoir]. Mais tous ne le sont pas, certains chapitres sont directement liés au "Roman" tels que les chapitres ou le Narrateur et le Victorien Salagnon d'aujourd'hui échangent directement leur avis sur la vie et surtout sur la Guerre. Ces chapitres là sont passionnants, les autres, a mon humble avis ne sont que du remplissage, ou tout y est méticuleusement placé pour rentrer soigneusement dans la "Boite" étiquetée "Prix Goncourt": Un peu de sexualité crue, un peu de grossièreté pour faire "dans le coup", un peu de mots à rallonge et de phrases compliquées, même si elles sont souvent maladroites, pour faire "Intello", et toute la liste "académique" des typiques montages de métaphores, personnifications, simili, quelques citations de personnage célèbres de l'Intelligencia Internationale tel que Sun Tsu (L'art de la Guerre), Freud, et d'autres, facilement reconnaissables, le tout tres "politiquement correct", tres au gout du jour, bien joue'! Tout pour rentrer parfaitement dans le profile et marquer des points. Si tel était le but de Jenni, il a bien travaillé. En bon élève il s'est bien renseigné sur le Barème de correction du Prof et s'est assuré que tout les points nécessaires y étaient au risque d'en perdre tout âme et substance du récit, mais bon... l'âme et la substance, il les a mis en bouchées doubles dans les chapitres "Romans". Rien que pour ca, ca vaut le coup.

Je ne connais pas du tout Alexis Jenni, bien que nous ayons fréquenté le Lycée de Belley a la même époque, il était en terminale quand je suis entre en 2nde, mais on ne fréquentait pas du tout les mêmes cercles, bien que je connaissais très bien certaines de ses camarades de classe, je ne savais même pas qu'il existait. Pourtant son père était mon Prof d'Allemand en 2de. J'aimerais, par contre, le rencontrer un jour et parler de son bouquin. Le personnage de Salagnon est vraiment passionnant, j'aurais des milliers de questions sur ce qui l'a inspiré pour le choix du titre, des noms de personnage des lieux...etc. Il semble y avoir là, beaucoup plus que ce qui est écrit. Je pense que Jenni, pourrait murir en tant qu'auteur et si il reste dans le roman historique, il pourrait être un fabuleux conteur. Le talent est définitivement présent, un peu brut et reste à dégrossir, à peaufiner, mais j'aimerais le voir écrire beaucoup d'autres bouquins à condition qu'il garde la passion dont il a fait preuve dans les chapitres "romans" de son livre.